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HISTOIRE DE LA FIRME
KING-SEAGRAVE
(1956-1985)
Alors
que des camions n’ont été produits sous le nom de
King-Seagrave qu’à partir de 1956, la riche histoire de la firme
peut être
tracée plus de quatre décennies auparavant. En 1906,
Robert S. Bickle (1882-1949)
crée la R.S. Bickle Company à Winnipeg, dans le Manitoba.
Auparavant, Bickle a
travaillé comme représentant d’un fabricant
Américain de matériel incendie
inconnu. Outre le fait qu’il soit devenu un homme d’expérience,
ayant visité le
Canada et les Etats-Unis, l'intérêt de Bickle dans
l'équipement en matériel
incendie vient aussi du fait que sa femme, Martha Powell, est issue
d’une
famille qui est à l’origine de la Société
Obenchain-Boyer de Logansport, dans
l’Indiana. Au cours des ans, Bickle a vendu plusieurs charrettes
hippomobiles,
équipées de matériels d’extinction chimiques, puis
des matériels d’extinction
automobiles dans des villes réparties dans tout le Canada
occidental.
En
1913, l’activité est transférée à
Woodstock, dans l’Ontario,
sur le site de la défunte usine d’automobiles Woodstock, sise au
carrefour des
rues Mill street et Main street – carrefour de la rue du Moulin et de
la rue
Principale. Plus tard, Bickle décide de partir à Chicago
et confie la société à
son frère W. Russell Bickle. En même temps, George King,
le beau-frère de
Bickle, rejoint la société comme représentant
commercial. George King a aussi
géré une société appelée Canadian
Morehead Manufacturers, un constructeur de
matériels à vapeur. Durant la première guerre
mondiale, ayant passé des
contrats avec le gouvernement Canadien, la société a
construit des matériels
incendie à deux roues pour la protection de bases militaires.
En 1919,
George King succombe à une épidémie de grippe,
laissant sa femme Anna (la soeur
de Bickle) seule aux prises avec la Canadian Morehead Manufacturers et
avec
quatre enfants à charge. R.S. Bickle revient alors de Chicago et
reprend la
direction de la Canadian Morehead Manufactuers et aussi de la
société de
véhicules de pompiers qu'il avait créée, et ce en
accord avec ses frères W.
Russell et Beverly Ingersoll Bickle. En 1922, le nom de la
société devient
Bickle Fire engines Ltd. En 1924, une nouvelle implantation industrielle est construite près de
l’ancienne,
de l’autre coté de la rue. Cette même année, Bickle
conclue un accord avec la
Société de Véhicules Incendie Ahrens-Fox de
Cincinnati, dans l'Ohio pour
construire des véhicules Ahrens-
Fox
pour le marché Canadien.
En
1928, les frères Bickle embauchent leur neveu Vernon B. King
(le fils de George et d'Anna), récemment diplômé
ingénieur, à la fin de ses
études à l'Université de Toronto.
King
conçoit une gamme complète d’engins modulables portant
les noms de Volunteer -
le Volontaire, Chief – le Chef, Woodstock,
et Canadian – le Canadien. Cette gamme permet à la
compagnie de
commercialiser ses matériels avec le slogan de
« Production Canadienne -
Construite par des Canadiens ». Bickle construit des camions
sur une
grande variété de châssis commerciaux.
Plus tard, King eut aussi, seul, une affaire de fabrication
d’éléments
pour camions et remorques.
Bickle
continue à collaborer avec d’autres fournisseurs. Des
échelles provenant de l’entreprise
Allemande Magirus ont été utilisées pour
construire un certain nombre de
camions avec parcs d’échelles montés à
l’arrière, pour les villes de Montréal
et de Québec dans les années trente. De plus, un accord a
été signé avec Peter
Pirsch and Sons pour construire sous licence des véhicules avec
échelles
aériennes de 85 pieds Pirsch. Les
véhicules Ahrens-Fox ont aussi été construits sous
licence. Cependant
l’alliance la plus importante fut celle conclue avec la
Société Seagrave de
Columbus, dans l'Ohio. En 1935, Bickle
reprit la production et la vente des matériels Seagrave
au Canada et le
1er Janvier 1936, le nom de
la société fut changé en Bickle-Seagrave Limited.
Cette alliance fortement
couronnée de succès a permis à la
société de fournir les services incendie avec
tous les types de véhicules et Bickle-Seagrave est bientôt
devenu le plus grand
fabricant de véhicules incendie au Canada. La plupart de ces
véhicules ont été
construits complètement au Canada, bien
que des éléments des échelles semi-remorques, les
fameux tractor-drawn aerials,
fussent construits dans les usines Seagrave de Colombo (Ohio) et
livrés au
nord.
Pendant
les années de dépression, les commandes se firent rares,
mais la société fut capable de survivre. La
Deuxième Guerre mondiale a apporté
beaucoup de commandes de pompes tractées manuellement, de
véhicules de secours
et de camions-pompe pour le gouvernement Canadien. Un agrandissement
des locaux
s’est avéré nécessaire pour satisfaire la demande.
Après
la guerre, les frères Bickle se sont retirés de
l’entreprise, en raison de leur mauvaise santé. En 1945,
Bickle-Seagrave fut
vendue à une holding de Toronto et l’affaire continua sous le
même nom. Les
liens avec Seagrave continuèrent et
les
commandes furent reçues à une cadence importante. En
1952, l’entreprise s'est
déplacée sur un nouveau site. Cependant,
cette nouvelle implantation augmenta les coûts financiers de
l’entreprise et
celle-ci fut revendue en 1954, cette fois à un industriel de
Woodstock. Le
nouveau propriétaire essaya de
diversifier la gamme de produits en ajoutant à la gamme des
matériels incendie
des ponceuses pour revêtements routiers, ainsi que d’autres
équipements.
Cependant, les difficultés financières
continuèrent. Le problème final fut une
grève à la
General Motors qui empêcha la livraison de
châssis GM. L’entreprise Bickle-Seagrave étant alors
incapable de donner suite
à plusieurs commandes fut forcée à la mise en
faillite en Février 1956. La
nouvelle usine fut alors fermée et vendue.
À
ce moment, Vernon Bickle-King s’est représenté. Son
affaire de
camions et de remorques avait été très florissante
et l’une des plus grands
employeurs de Woodstock. Il a racheté les droits industriels
à Bickle-Seagrave,
mais pas les bâtiments, a rebaptisé l’entreprise du nom de
King-Seagrave et a
repris la production avant Mai 1956. King a aussi obtenu la
continuation des
droits de construction des véhicules Seagrave : Seagrave
fournirait des
châssis et des échelles aériennes assemblées
et King-Seagrave fournirait le
reste ; tout serait assemblé dans l’usine de Woodstock. Une
nouvelle usine
fut ouverte en 1962 et au milieu des années 60, la
société a commencé à livrer
des plates-formes élévatrices construites par la
Strato-Tower, une division de
l’entreprise Paul Hardeman de l'Ohio. En 1969, King-Seagrave est
devenu le franchisé Canadien unique
pour la Snorkel Fire Equipment Company, ce qui lui permit ainsi de
vendre des
véhicules équipés de Telesqurt. La
société a aussi continué à construire des
saleuses, des sableuses et des véhicules de voirie.
Le
rachat de Seagrave par la Société FWD au milieu des
années
soixante-dix eut pour résultat que King-Seagrave perdit les
droits Canadiens
exclusifs de commercialiser les produits Seagrave. Le nom de
"Seagrave" a alors été effacé des plaques
signalétiques des
productions King-Seagrave en 1972 ou 1973, bien que la raison sociale
soit
restée la même. Vernon King a géré la
société jusqu'en 1976, quand il a passé
les commandes à son fils Bill. Cependant, en août 1982, la
société a été placée
sous administration judiciaire à la demande de créanciers
et la production
cessa. En Octobre suivant, la société a été
ressuscitée de nouveau sous une
nouvelle direction, utilisant le nom de King-Seagrave (1982) Ltd. Les
actifs de
la société ont été acquis par la
société Walter de Montréal, au Canada. La
société réorganisée a conçu et a
construit le CM-1, un châssis révolutionnaire
en aluminium, dont douze exemplaires ont été vendus pour
tenter d’attirer à
nouveau la clientèle des services incendie à travers le
Canada. Cependant, la
reprise étant de courte durée,
King-Seagrave, de nouveau placé sous administration
judiciaire en
Novembre 1984, achève les commandes en cours et
ferme ses portes au début de l’année1985.
La
fabrication de véhicules incendie continue à Woodstock
pendant
encore plusieurs années, l'usine a été
rachetée par Amertek Inc en 1985. Amertek
construit des centaines d’engins
incendie pour aérodromes pour l'armée des Etats-Unis et
plusieurs douzaines
pour le Département Canadien des Transport pour l'utilisation
sur les
aéroports. Cependant, Amertek ne fut jamais vraiment capable de
forcer le
marché des véhicules incendie pour les
municipalités ; seules cinq unités
ont été vendues, toutes dans Ontario, de 1988 à
1990. En 1993, en raison de
lourdes pertes financières, Amertek cesse la fabrication des
véhicules de
secours à Woodstock.
Il
y a une intéressante et inquiétante
référence, relativement à
l'histoire d’Amertek.. En 2003, la Cour Supérieure de Justice de
l’Ontario a
jugé que le Gouvernement du Canada a joué un rôle
central dans la cession
d'Amertek. En 1984, le Gouvernement, via la Canadian Commercial
Corporation –
la Société Commerciale Canadienne- avait cherché
des soumissionnaires pour un
contrat avec l’armée Américaine pour la construction de
362 véhicules incendie
et de secours. La firme Walter du Canada (qui a possédé
la King-Seagrave) avait
soumissionné et avait reçu le contrat ; le C.C.C.
avait offert sa garantie à
l'affaire. Le Gouvernement serait
soumis à 10 millions de $ de pénalités
financières si les sociétés étaient
incapables de finaliser le contrat. Après la cession de Walter
(et finalement
celle de King) le Gouvernement a
cherché
une entreprise susceptible de reprendre la suite du contrat pour
fournir les
véhicules. Ce repreneur s’est avéré être un
petit fabricant appelé Belgian
Standard. Malheureusement,, le C.C.C. n'a jamais informé la
Belgian Standard
que l’offre originale a été financièrement
sous-estimée et qu’il serait
impossible pour n'importe quelle société de tirer un
bénéfice de ce contrat, ni
même d’atteindre l'équilibre financier sur ces
engagements. Le C.C.C. a aussi
omis de vérifier les finances de la Belgian Standard ou ses
capacités
techniques à achever le contrat. La Belgian Standard a
changé son nom en
Amertek.
Amertek
a repris les usines King en septembre 1985. La production
a commencé par la fourniture de 68 offres véhicules
aéroportuaires pour le
Département Canadien des Transports. Ces véhicules furent
livrés à des
aéroports, grands et petits, à travers le Canada. En
1989, fut attribuée à
Amertek une commande de 118
véhicules
d’incendie et secours pour la Marine américaine et en 1992 une
commande
supplémentaire de dix véhicules pour l'Armée de
l'air Egyptienne. Cependant,
comme indiqué plus haut, le contrat original était
sérieusement sous-estimé
financièrement. La société a donc
perdu
des milliers de dollars sur chaque camion
achevé.
Une fois
que les contrats ont été achevés, Amertek
était, selon le jugement,
« financièrement en lambeaux ». La
société ferme le site de Woodstock
en Juillet 1993 et cesse la fabrication des véhicules de secours. Amertek a essayé de
récupérer un peu de
l'argent perdu auprès du gouvernement en place. Tout le long de
ce processus,
le juge a jugé que C.C.C. a en réalité
essayé de mettre en faillite ce qui est
resté d’Amertek pour empêcher la poursuite
du procès contre le Gouvernement. Aujourd'hui, tout ce
qui reste
d'Amertek est une petite structure fabricant des organes pour bennes
à ordures
(Shu-Pak).
Le
jugement a attribué à Amertek, à un investisseur
et à un second
investisseur, 90 millions de $ d’indemnités ; le jugement a
été l’objet
d’une considérable couverture médiatique. Le
résultat était notable dans
l’ampleur de la sentence mais aussi par la critique importante envers
le C.C.C.
Le jugement entier peut être lu ici here. Et
iI y en a
un bon résumé ici here Sans surprise, C.C.C. a fait appel de la
décision, donc la bataille judiciaire se prolongera dans les
cours de justice.
Le jugement a également noté que l'armée
Américaine était aussi une victime,
ayant été induite en erreur par le C.C.C. Les productions
d'Amertek avaient apparemment
des problèmes de service après-vente irréguliers
et ont souffert d'un manque de
pièces de rechange après la cession d'Amertek. Certains
matériels sont toujours
en service, mais un certain nombre a été
déclaré hors-service. Certains ont
terminés leur vie dans des services municipaux aux Etats-Unis,
tandis que
d'autres ont été donnés ou vendus à
d'autres pays. En 2003, un accident accident
a eu
pour résultat la mort d’un Pompier Américain.
A
la suite de cela, le
président du C.C.C., Douglas Patriquin a quitté la
société d’état en Mai 2004,
victime des retombées négatives du jugement Amertek.
Avant le procès, Patriquin
avait fait réaliser un audit pour conduire un examen "objectif"
du
C.C.C. . Ainsi, en louant les services d’une société qui
avait beaucoup
travaillé pour le C.C.C., et en lui faisant faire un examen
point par point de l’affaire,
il put assurer que le résultat était favorable. Le juge a
décrit le rapport
comme étant "une farce" destinée à blanchir le
dirigeant. Patriquin a
exercé ses fonctions d'autorité dans C.C.C. pendant la
période de banqueroute
d’Amertek, bien qu'il n'ait pas travaillé à la
Société d’état à l’époque où
les
camions destinés à l’armée des Etats-Unis furent
construits.
NUMÉROS
DE SÉRIE
Chez
King, les numéros de série ont suivi un modèle
assez régulier
et ont été assignés aux camions tôt dans le
processus de production. Les deux
premiers chiffres indiquent l'année dans laquelle la commande a
été reçue,
suivi par un numéro séquentiel pendant cette
année. Par exemple, 76001 serait
le premier engin sur les livres pour 1976. Ainsi les numéros
séquentiels
recommenceraient à nouveau chaque année. Il y avait des
variations dans le
nombre de chiffres dans chaque période au cours des
années. Longtemps, en fait
jusqu'à 1961, les numéros furent à quatre chiffres
- 5901, 5922, etc. En 1961,
ils étaient à cinq chiffres - 61001, 63102, 74001, etc.
Ce modèle a continué
jusqu'en 1980 où un chiffre supplémentaire a
été ajouté - 800001, 810024, etc.
C'est alors resté le cas jusqu'à la fin. Quelques
numéros de série et de
plaques ULC sur les camions construits pendant les deux
dernières années
d’activité de King eurent seulement quatre chiffres. Ils
suivirent toujours ce
système, mais manquaient de chiffres pour indiquer la
décennie de l'année, avec
l’adjonction d’un zéro - par exemple 4032 serait actuellement,
en réalité,
840032. Les rapports de la société se
référant toujours aux numéros à six
chiffres, ceux-ci sont donc
utilisés ici
dans les listes.
UN MOT
SUR NOS SOURCES
Merci
à la prévoyance d'un certain nombre d'individus, pour les
rapports compréhensifs et complets sur la production de King (et
Bickle
auparavant). Al Leslie, un ancien directeur
de la société, a préservé plusieurs
boîtes de fichiers après que King
eut cessé ses activités. Il y a notamment des fichiers
individuels pour la
plupart des fabrications. Ceux-ci incluent des notes de production, des
rapports de maintenance, de post-vente et dans quelques cas, des photos
de
livraison. Ils sont un véritable trésor d’informations et
c’est un réel plaisir
de les examiner. Ces rapports sont actuellement déposés
à la bibliothèque du
Musée Canadien de la Science et de la Technologie à
Ottawa - Canada
Science & Technology Museum. Ainsi ces rapports sont
préservés dans des
conditions d’archivage appropriées et sont disponibles à
la consultation et
l'utilisation par le public. Grâce à la
disponibilité de ces rapports, les
listes sont tout à fait complètes et
compréhensives et il manque seulement les
références de quelques véhicules.
SOURCES HISTORIQUES
McCall, Walt. The Bickle Story. Toronto:
Ontario Fire Buffs Association, [1972].
Oxford County Museum. The Greatest Name in Fire
Apparatus: A History of Fire Truck Manufacture in Woodstock, 1913-1984.
Woodstock, ON.